Naturalité

La naturalité renvoie au caractère sauvage d’un écosystème. Elle est l’adaptation en francais du terme anglais « wilderness » qui désigne un milieu naturel dont l’évolution n’est pas entravée par l’homme et où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur de passage.

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La naturalité est une notion complexe et multiple, mais qui fait écho à une sentiment spontané évident, elle renvoie à une image sauvage, primaire, brute, inaltérée de la nature, avec ce qu’elle offre ainsi d’émerveillements mais aussi de craintes. Elle se surimpose à la notion de cette « nature au sens large », qui comprend de plus en plus d’espaces dominés par l’homme et où son aspect et ses caractéristiques sont le produit d’une activité humaine inscrite dans un modèle sociétal et culturel précis.

Selon Jean-Claude Genot (Naturalité n°5 oct.2008), « la naturalité définit le degré de nature d’un milieu ou d’un paysage et à l’inverse le degré d’interventions humaines. »

Elle renferme une charge symbolique mais n’est pas exempte de règles et conditions : la naturalité peut s’évaluer sur bases de critères objectifs.

Un haut degré de naturalité, surtout en ce qui concerne les forêts, sera souvent associé à une forte diversité biologique.

La naturalié est aussi définie comme « un ensemble de caractères permettant de considérer un milieu, un site ou un biotope comme plus ou moins « naturel », c’est à dire ayant conservé ou retrouvé un certain état de nature sauvage. C’est une notion complexe à la lisière des aspects purement écosystémiques et des impact passés et présents exercé sur les milieux, l’appréhension de la naturalité passe par l’intégration des notions de diversité biologique, de maturité sylvigénétique (présence des différents stades et phases des essaims climaciques au sein d’un territoire), de continuité de l’état boisé et de fonctionnalité des écosystèmes forestiers (régimes des perturbations, présence ou absence des groupes fonctionnels clés) » (Vocabulaire forestier. Ecologie, gestion et conservation des espaces boisés. Y. Bastien et C. Gauberville, coordinateurs. AgroParisTech IDF Office National des Forêts)

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La naturalité s’entend d’abord comme la qualité des espaces vierges et pratiquement pas altérés par la présence humaine (ces espaces ont pratiquement tous disparus aujourd’hui de la planète), mais elle peut aussi s’envisager dans une démarche prospective et se concevoir comme un état à atteindre ou comme la qualité des successions dans des espaces en déprise de l’action humaine.

La naturalité est donc un concept intéressant qu’il faut intégrer à toute réflexion ou démarche de gestion de l’espace et de la nature, mais qui s’invite aussi dans la vaste question de la place de l’homme dans la nature, et qui n’est pas sans quelque implication sur les plans économiques et sociaux, mais peut-être également parfois philosophique.

 Les forêts primaires, anciennes, naturelles

Selon leur degré de naturalité, les forêts se parent d’un épithète qualitatif différent. Tantôt dites « vierges » ou « primaires », les forêts épargnées d’un impact humain important disparaissent à une vitesse inquiétante de la surface terrestre aujourd’hui.

Les grandes forêts tropicales, équatoriales, et boréales en recèlent encore par endroits, mais elles sont en proie à l’exploitation de plus en plus universelle et intensive. Ces trésors préservés continuent de disparaître impitoyablement.

Dans nos régions d’Europe, elles ont toutes disparues ; l’homme a soumis les forêts à son intérêt, ainsi qu’il a dompté les marécages et toute autre forme d’espaces sauvages. De nombreuses forêts ont perdu beaucoup de leur caractère naturel, elles sont pour la plupart intensivement exploitées (exploitations intensives historiques, coupes actuelles fréquentes, utilisations d’engins lourds, sélection d’essences…) ou artificialisées par des plantations (que ce soit d’essences indigènes et surtout exotiques) ou des modifications topographiques (drainage,…). D’autres activités peuvent avoir un effet artificialisant sur la forêt lorsqu’elles sont menées très intensivement : la chasse, le tourisme, la cueillette…

Mais certaines forêts ont échappé à ces vicissitudes et conservent un caractère naturel fort. Les forêts les plus proches de cet état sont dites « subnaturelles ». Un des traits essentiels de ces forêts est souvent quelles sont « anciennes », c’est à dire que de toute leur histoire depuis la fin de la dernière glaciation, elles ont toujours été « forêt », n’ayant jamais été complètement défrichées pour être dévolues à l’agriculture ou à la construction. Celles qui ont échappé à l’enrésinement et se sont régénérées naturellement (sans plantations), et qui ont connu une exploitation moins intensive présentent parfois des caractères de naturalité intéressants.

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Richesses de la forêt wallonne

La forêt wallonne n’a bien sûr plus un seul hectare de forêt primaire ; toutes ont subi l’influence de l’homme et ont été modifiées par son activité. Mais cette influence s’est toutefois fait ressentir à des degrés différents, que ce soit à cause de facteurs historiques, géographiques ou sociétaux.

Parmi ces forêts, on trouve des forêts dans des endroits éloignés, ou dans des conditions topographiques qui ont rendu difficile leur exploitation, ou bien des forêts appartenant ou ayant appartenu historiquement à des propriétaires pour qui leur exploitation financière n’était pas « nécessaire ». Certaines ont également été de longue date protégées pour leur beauté ou par l’amour ou l’intérêt que certains leur portaient : propriétaires privés, associations ou institutions.

Une des conditions d’expression de la naturalité trouve pourtant des difficultés à s’exprimer, partout en Wallonie. Il s’agit de la superficie, de l’espace en continuité de vastes massifs suffisamment naturels. La plupart des forêts subnaturelles subsistantes sont petites et isolées, et les vastes forêts qui les entourent ou les mettent en connexion sont parfois très artificielles ou bardées d’obstacles : zones urbanisées, agricoles, routes et autres infrastructures… C’est certes une conséquence de la densité importante de population qui caractérise notre région dans le contexte géographique européen.

Et pourtant, vue du ciel, la forêt wallonne possède encore quelques zones forestières continues de superficie importante : ainsi plus particulièrement le massif ardennais, bien qu’entrecoupé de nombreuses zones ouvertes, se détache distinctement sur la photo satellite européenne. On y voit aussi que d’autres massifs importants ne sont pas très éloignés et que peut-être à la faveur d’un meilleur réseau écologique, ils pourraient former des zones interconnectées.

Quoi qu’il en soit, ce riche héritage d’un passé immémorial et tout le potentiel qu’il contient semblent encore trop méconnus et ne sont peut-être pas suffisamment pris en compte dans la politique forestière générale et dans la gestion quotidienne des forêts. Ces forêts « très naturelles », d’autant plus qu’elles sont devenues rares et que leur superficie est faible, devraient être mieux protégées, sans doute intégralement, et déchargées de tout objectif de production.

En outre, il serait nécessaire de définir quelque part en Wallonie, une zone dédiée à l’expression de la naturalité, une zone d’expression totale de la vie sauvage, une zone qui soit suffisamment grande que pour pouvoir voir s’y exprimer toutes les communautés d’espèces typiques possibles et leur relations au sein d’un fonctionnement écosystémique trop complexe que pour être cantonné à de portions isolées, une zone qui soit même assez vaste que pour se permettre d’y observer les différentes perturbations naturelles qui s’abattent sur la forêt au gré du temps à moyen et long terme (incendies, tempêtes, pullulations…) et les successions auxquelles elles donnent lieu.

Intérêts de la naturalité

Viser à la naturalité nous obligera à renoncer à une partie des ressources que les espaces offrent aux communautés humaines. Mais les bénéfices qu’elle propose dépassent pourtant largement ses immenses intérêts scientifiques, philosophiques, ontologiques. Les espaces naturels contribuent aussi au bien-être matériel de l’homme, en contribuant de manière significative aux services écosystémiques de régulation carbone, (régulation climatique, épuration de l’eau, stockage du carbone,…) et de conservation de la biodiversité.

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Naturalité sur wikipedia

Revue « Naturalité » – la lettre des Forêts sauvages

Colloque Naturalité 2013 : Le colloque « Naturalité, vers une autre culture des eaux & des forêts » souhaite porter à connaissance, approfondir et partager les applications relatives à la gestion de l’état de conservation de la biodiversité, la trame verte et bleue, les réseaux de conservation et les îlots de vieux bois, la gestion d’écosystèmes, les forêts anciennes, les interfaces avec les milieux humides, etc.